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5 mythes nucléaires sur la nécessité de prolonger Doel 1&2

Lorsque l’on prolonge les centrales nucléaires, on ne favorise pas la transition énergétique et écologique de la société. Voici pourquoi ...

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Niveau 3

1. La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans n’assure pas aux citoyens et aux entreprises belges de payer moins cher leur électricité. La récupération de la rente nucléaire sera encore plus faible qu’avant. 130 millions au lieu de 550 millions.

2. La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans n’assure que marginalement la sécurité d’approvisionnement en Belgique. La réouverture des microfissurées Doel 3 et Tihange 2 aux dépens de la sécurité de nos concitoyens rend inutile la prolongation de ces vieilles centrales. Or, la sécurité d’approvisionnement, c’est aussi prévoir les risques de surcapacité. La prolongation de Doel 1&2 entraînera une multiplication des périodes de surproduction après 2017 et diminuera davantage encore la rentabilité des unités flexibles pourtant nécessaires au développement des unités renouvelables.

3. La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans fait courir un risque supplémentaire inconsidéré aux citoyens belges. Les réacteurs nucléaires belges ont été conçus pour fonctionner 30 ans. Ils ont obtenu un rabais de 10 ans. Il n’y a que très peu d’expérience sur des réacteurs de plus de 40 ans (le plus vieux en fonction a 45 ans). C’est donc à une expérience grandeur nature en Belgique que le Gouvernement fédéral veut nous livrer. Enfin, les investissements de jouvence – nécessaires pour assurer la sécurité de l’exploitation- ne seront terminés que des années plus tard. Rappelons qu’on prévoyait l’arrêt de ces réacteurs – qui ne répondent plus aux normes les plus exigeantes de sûreté. Autrement dit, s’ils n’étaient déjà là, on ne les autoriserait pas.

4. La prolongation de Doel 1&2 va rendre la vie de millions d’habitants plus dangereuse. Avec 1,5 million d’habitants dans un rayon de 30 km, Doel occupe la 11e place mondiale. Et avec 9 millions d’habitants dans un rayon de 75 km, Doel est la centrale européenne située dans la région la plus densément peuplée. Le coût socio-économique d’un accident grave à Doel est de plus très élevé : de 742 à 1412 milliards d’euros ! Soit 200 à 370% du PIB de notre pays.

5. La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans occulte la nécessaire mise au point d’un plan de transition électrique en Belgique. Un plan qui permette à la Belgique de sortir du nucléaire, de développer les énergies renouvelables, d’économiser l’énergie (dont l’électricité) via une gestion de la demande et une utilisation efficace et rationnelle de l’énergie. Une transition qui pourrait s’opérer au bénéfice de l’emploi et de la sécurité. La décision du gouvernement rend cela impossible. Comment fermer tout le parc en trois ans (2022-2025) et surtout 4000 MW en 2025 ? La réponse est dans la prolongation des unités les plus récentes, dans quelques années… Qui a dit qu’on sortirait un jour du nucléaire ?


1. Mythe 1 : la prolongation du nucléaire garantit des prix plus bas

La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans n’assure en aucun cas aux citoyens et aux entreprises belges de payer moins cher leur électricité.

Dans le contexte de libéralisation actuel au niveau européen, les prix de marché de gros (wholesale) suivent des valeurs fixées par les coûts de production variables de la centrale de production marginale. Or, les centrales nucléaires sont techniquement incapables d’assurer la production de pointe, ou production marginale, et assurent donc la production de base. La production de pointe, ou marginale, est principalement assurée par des centrales au gaz. C’est donc sur base de la production d’électricité avec le gaz qu’est fixé le prix de gros, pas sur base des coûts du nucléaire.

Par ailleurs, le prix d’achat de l’électricité n’est qu’une des composantes du prix final de l’électricité. Il faut y ajouter le prix du transport, de la distribution et des taxes et redevances.

Le citoyen paiera donc deux fois : pour prolonger Doel 1&2 (Electrabel parle de 700 M €) et pour soutenir les centrales au gaz qui gagneraient en rentabilité à la fermeture complète des trois anciennes centrales nucléaires.

2. Mythe 2 : la prolongation de Doel 1&2 assure la sécurité d’approvisionnement

La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans n’assure que marginalement la sécurité d’approvisionnement en Belgique. Il est vrai que les études de la CREG, d’ELIA et du SPF Énergie indiquent qu’en cas de circonstances défavorables (forte augmentation de la demande, fermeture d’unités, capacité d’importations réduites), il existait un risque de blackout en Belgique entre 2014 et 2017, avant que de nouvelles unités n’arrivent en production (éolien offshore essentiellement). Depuis lors, la demande a baissé, on l’a rendue plus flexible et des unités ont été prolongées.

Toutefois, la sécurité d’approvisionnement, c’est aussi prévoir les risques de surcapacité. La prolongation de Doel 1&2 entraînera une multiplication des périodes de surproduction après 2017, lorsque l’essentiel des parcs éolien offshore seront en production. Les interconnexions seront sollicitées pour exporter cette surproduction à bas prix. Par ailleurs, cela diminue la rentabilité des unités flexibles pourtant nécessaires au développement des unités renouvelables.

Aujourd’hui l’électricité renouvelable représente moins de 10% de la production et les problèmes de surcapacité sont déjà rencontrés. En 2020, les renouvelables représenteront plus de 20% de la production d’électricité. Un conflit aura donc lieu entre renouvelables et nucléaire. La solution passe par le développement de capacités de production flexibles. Or, le gouvernement ne propose rien à ce sujet !

Enfin, la prolongation de Doel 1&2 entraîne une fermeture de 5 unités de près de 1000 MW en 4 ans, soit entre 2022 (Doel 3) et 2025 (Doel 4, Tihange 3 mais aussi Tihange 1 et… Doel 1&2)). Quand on voit la mauvaise volonté affichée par les Gouvernements successifs pour fermer les plus anciennes centrales, gageons que la suite sera déjà difficile…

3. Mythe 3 : il faut prolonger de 10 ans pour assurer la sécurité des citoyens

La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans fait courir un risque supplémentaire inconsidéré aux citoyens belges. Nos centrales nucléaires ont été conçues pour fonctionner 30 ans. La loi de sortie du nucléaire de 2003 leur donnait déjà 10 ans de « rabiot ». Au niveau mondial, une bonne centaine de réacteurs ont déjà été arrêtés et l’âge moyen de ceux-ci au moment de leur fermeture était d’un peu plus de 20 ans. On ne dispose donc à l’heure actuelle que d’une expérience très réduite en matière d’exploitation de réacteurs commerciaux de grande puissance dont la durée de fonctionnement avoisine ou dépasse les quatre décennies.

Personne ne peut dire qu’on pourrait faire tourner nos centrales pendant 50 ou 60 ans. Ce qui est sûr, c’est que le risque d’accident augmente fortement et que, quelle que soit leur durée de fonctionnement, les centrales nucléaires devront fermer tôt ou tard...

Avec le nucléaire, le risque de black-out est très élevé car si un réacteur « disjoncte », ce sont 1000 MW qui sautent d’un coup. Or, avec des centrales vieillissantes, la fréquence des incidents, pannes, entretiens etc. augmente. Sans parler des pannes génériques comme celle de 2007 en France, qui a provoqué le doublement du prix de l’électricité pendant plusieurs mois. Dépendre d’une poignée de réacteurs pour 55% de notre électricité, c’est donc mettre la sécurité d’approvisionnement en péril !

Par ailleurs, les investissements de remise à niveau pour prolonger la durée de vie de la centrale de Doel 1&2 s’étaleront sur plusieurs ans (rapport remis par Electrabel à l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire), ce qui implique qu’ils ne seront tous accomplis qu’à l’horizon 2020 ! Soit 5 ans après la fin prévue de fonctionnement de la centrale. 5 ans pendant lesquels la sécurité des citoyens sera mise à l’épreuve.

Ces investissements s’ajoutent aux nécessaires investissements de sécurité identifiés via la procédure des stress tests qui eux sont et seront effectués de suite sous peine de fermeture de la centrale.

Enfin, la prolongation de Doel 1&2 ne permettra pas à la Belgique de respecter plus facilement ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES dont CO2). Au contraire, en repoussant à nouveau les décisions courageuses de transition énergétique, elle rendra la nécessaire baisse des émissions plus difficile à tenir après 2025. Les efforts structurels faits aujourd’hui ne devront plus être faits ensuite !

Sans nucléaire, c’est possible ! Ces deux dernières années, plusieurs études sur l’avenir énergétique belge à l’horizon 2050 ont été publiées :
- le scénario backcasting du consortium VITO-ECONOTEC-ICEDD-PLAN de 2012 montre que la Belgique peut être 100 % renouvelables.
- les scénarios élaborés par Climact pour l’autorité fédérale montre qu’on peut à la fois respecter les objectifs climatiques de long terme et se passer du nucléaire2

4. Mythe 4 : la sécurité de nos citoyens est assurée

La prolongation de Doel 1&2 va rendre la vie de millions d’habitants plus dangereuse. Avec 1,5 million d’habitants dans un rayon de 30 km, Doel occupe la 11e place mondiale. Et avec 9 millions d’habitants dans un rayon de 75 km, Doel est la centrale européenne située dans la région la plus densément peuplée. Le coût socio-économique d’un accident grave à Doel est de plus très élevé : de 742 à 1412 milliards d’euros ! Soit 200 à 370% du PIB de notre pays.

Par ailleurs, le plan d’évacuation d’urgence comporte nombre de lacunes :
- des centres d’évacuation sont dans la zone potentiellement contaminée
- trop peu d’habitants ont des pilules d’iode à disposition
- la zone d’évacuation (10 km) est trop courte
- aucun test fiable n’a jamais été réalisé grandeur nature.

Enfin, en cas de dépassement du plafond de la couverture imposée aux opérateurs (1,2 milliards d’euros par site), ce serait essentiellement aux pouvoirs publics de subir l’impact financier de l’accident. Pour Ecolo, le secteur nucléaire devrait être soumis à une responsabilité civile illimitée, comme c’est le cas en Allemagne. Une proposition de loi en ce sens a déjà été déposée3.

5. Mythe 5 : on maintient la sortie du nucléaire

La prolongation de Doel 1&2 de 10 ans occulte la nécessaire mise au point d’un plan de transition électrique en Belgique. Un plan qui permette à la Belgique de sortir du nucléaire, de développer les énergies renouvelables, d’économiser l’énergie (dont l’électricité) via une gestion de la demande et une utilisation efficace et rationnelle de l’énergie.

Plusieurs études démontrent qu’il est possible de réduire les consommations (et donc les émissions de CO2) en Belgique :
- le scénario backcasting du consortium VITO-ECONOTEC-ICEDD-PLAN de 2012 montre que la Belgique peut être 100 % renouvelables
- les scénarios élaborés par Climact pour l’autorité fédérale montre qu’on peut à la fois respecter les objectifs climatiques de long terme et se passer du nucléaire
- l’étude des économies à court terme et à bas prix de 3E

Enfin, la transition qui pourrait s’opérer au bénéfice de l’emploi. Le tableau suivant – qui compile différentes études7 – montre que la sortie du nucléaire a un impact plus que positif :

Impacts sur l’emploi
Fermeture (emplois statutaires)
- 350 à -600
Fermeture (sous-traitants)
-350 à -600
Démantèlement
+300 à 600
Capacités de remplacement - construction
+300 (min)
Capacités de remplacement – exploitation (emplois directs)
+120 à 320
Renouvelable (Wallonie)
+15000 à +17 000

Conclusion : les propositions d’Ecolo

Pour ECOLO, le nucléaire est une énergie du passé. L’avenir passe par les renouvelables et l’efficacité énergétique.

Dès lors, un véritable plan de sortie du nucléaire inclut :
1. une gestion de la demande
2. un plan et un engagement ferme pour soutenir les investisseurs dans les renouvelables et les unités flexibles
3. Une vision européenne du problème pour minimiser les dépenses.

La Belgique a (avait) l’opportunité de prendre le sillon de l’Allemagne, 2ème économie exportatrice au monde, qui a décidé de fermer l’ensemble de son parc nucléaire tout en se dotant d’objectifs trois fois plus ambitieux que la Belgique en matière de réduction de CO2 d’ici 2020 (moins 40%). Cette stratégie est déjà gagnante puisque l’Allemagne compte aujourd’hui plus d’emplois dans les secteurs verts que dans le secteur automobile. Hélas, la Belgique a une nouvelle fois laissé passer sa chance en renonçant à mener une politique énergétique tournée vers l’avenir.

Le signal envoyé aux investisseurs alternatifs au nucléaire, dont les projets en attente sont estimés à trois milliards par la fédération de l’industrie technologique Agoria elle-même, reste ainsi totalement flou puisque la part du marché énergétique nouvellement ouvert aux alternatives et aux renouvelables restera minime.

Nous attendons enfin qu’à côté de la mauvaise décision prise par le gouvernement fédéral, une politique volontariste puisse être menée pour diminuer la consommation d’énergie dans notre pays. C’est impératif si l’on veut réellement soutenir la création d’emploi dans les secteurs concernés tout en faisant baisser la facture des citoyens.

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