Le nucléaire en Belgique et le blackout en 15 questions

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Toutes les questions que vous vous posez sur le nucléaire en Belgique et les menaces de blackout.

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Par Olivier Deleuze
Publié le 12 septembre 2014

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1. Le nucléaire en Belgique, c’est quoi ?
2. Est-ce que je vais être privé de courant cet hiver ?
3. Pourquoi a-t-on arrêté les centrales ?
4. Est-ce la loi de sortie du nucléaire de 2003 qui nous a conduits dans cette situation ?
5. Prolonger Doel 1 et Doel 2 est-il une solution ?
6. Pourquoi ne dispose-t-on pas de plus d’alternatives à l’énergie nucléaire ?
7. La situation que nous vivons aujourd’hui n’est-elle pas la démonstration que nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire ?
8. Face à ces problèmes d’approvisionnement ne faut-il pas prolonger les centrales nucléaires existantes ou en créer de nouvelles ?
9. Quelle est l’utilité du renouvelable si cette énergie ne peut pas nous mettre à l’abri d’une pénurie d’approvisionnement énergétique ?
10. Pourquoi n’importe-t-on pas plus d’électricité ?
11. La Belgique est-elle le seul pays concerné ?
12. Les problèmes aux réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 peuvent-ils poser des problèmes de sécurité vis-à-vis de la population ?
13. Pourquoi a-t-on redémarré les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 avant de les fermer à nouveau ?
14. Et si les centrales en panne ne redémarrent plus jamais, on fait comment ?
15. Se passer de l’énergie nucléaire, est-ce vraiment possible ?

1. Le nucléaire en Belgique, c’est quoi ?

En Belgique, il y a sept réacteurs nucléaires qui produisent environ 50 % de l’électricité. Ces réacteurs (dont quatre se trouvent à Doel et trois à Tihange) ont été mis en service entre 1974 et 1985 pour le plus récent. Construits pour une durée de vie de trente ans, celle-ci a été prolongée de dix ans. Ils doivent donc fermer après quarante ans de service. La loi de sortie du nucléaire de 2003 prévoit leur fermeture progressive entre 2015 et 2025. Actuellement, sur ces sept réacteurs, trois sont à l’arrêt pour cause de défaillances techniques qui rendent leur utilisation trop dangereuse.

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2. Est-ce que je vais être privé de courant cet hiver ?

Si l’hiver est rude et dans certaines conditions, notamment météo, la Belgique risque d’être en situation de sous-approvisionnement en électricité. En clair, cela veut dire que la production en électricité du pays ainsi que les importations en électricité des pays voisins pourraient ne pas couvrir les besoins à certaines heures de la journée (entre 17 et 21h, en semaine). Dans ce type de situation, les fournisseurs et le gestionnaire de réseau procèdent d’abord à des coupures d’approvisionnement auprès d’entreprises volontaires – qui sont rémunérées pour ce désagrément. Si toutes ces mesures sont insuffisantes, le plan de « délestage » sera activé. Ce plan implique des coupures momentanées de courant dans certaines régions.

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(cc) pinus

3. Pourquoi a-t-on arrêté les centrales ?

Celles de Tihange 2 et Doel 3 à cause de microfissures sur la cuve du réacteur. Celle de Doel 4 à cause d’un sabotage.
A propos des fissures de Tihange 2 et Doel 3, Electrabel avait dit qu’elles étaient présentes dès la construction. Les experts démontrent pourtant aujourd’hui que ces microfissures ne sont pas sans risque. Soit Electrabel a caché ce problème gênant pendant 30 ans, soit la multinationale a été incapable de le détecter ou de le signaler pendant 30 ans. Dans les deux cas, cela démontre qu’Electrabel ne gère pas la situation.

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(cc)Roulex

4. Est-ce la loi de sortie du nucléaire de 2003 qui nous a conduits dans cette situation ?

Absolument pas. Les centrales nucléaires de Doel 3 et Tihange 2 ont du être arrêtées à cause de la découverte de milliers de microfissures alors que, selon la loi de 2003, elles devaient encore fonctionner 10 ans. La technologie nucléaire est donc moins fiable que prévu et cela n’est pas lié à la loi de sortie du nucléaire votée par le PS, le MR et Ecolo en 2003.

En d’autres mots, aujourd’hui aucun réacteur nucléaire n’est à l’arrêt pour des raisons politiques. Si la loi n’avait pas existée, la situation serait exactement la même.

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(cc) aussiegal

5. Prolonger Doel 1 et Doel 2 est-il une solution ?

Selon la loi de sortie du nucléaire, seule Doel 1 (433 MWe) fermera à la fin de cet hiver quant à Doel 2, elle produit également 433 MWe. La mise à l’arrêt totalement imprévue de Doel 3, Doel 4 et Tihange 2, prive elle la Belgique de 3000 MWe. Prolonger Doel 1 et Doel 2 n’est donc pas une solution durable d’autant que les remettre pourrait prendre plus de deux ans.

Les centrales de Doel 1 et Doel 2 ont par ailleurs atteint l’âge de 40 ans, soit leur durée vie fixée par la loi. Pour les prolonger, cela demandera plusieurs centaines de millions d’euros qui pourraient être investis pour développer d’autres technologies.

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(cc) Sammy Six

6. Pourquoi ne dispose-t-on pas de plus d’alternatives à l’énergie nucléaire ?

La situation actuelle est le fruit du laxisme et du manque de décision des différents gouvernements fédéraux qui se sont succédé depuis le vote de la loi de sortie du nucléaire en 2003. Si une transition énergétique avait réellement été promue par ces gouvernements successifs, dont Ecolo ne faisait pas partie, nous ne serions pas dès lors dans cette situation de chaos. Lorsqu’Ecolo a été au pouvoir (99-2003 et, au niveau régional de 2004 à 2009 à Bruxelles et de 2009 à 2014 en Wallonie et à Bruxelles), nous avons au contraire encouragé les économies d’énergie (notamment via l’isolation des bâtiments), l’efficacité énergétique de nos entreprises et le développement de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable.

L’inaction fédérale a permis à GDF-Suez d’avoir la main sur notre politique énergétique. A titre d’exemple, les multinationales de l’atome ont fermé l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de centrales d’électricité thermique depuis 2011 sans réaction forte du gouvernement fédéral.

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(cc) Marc Baronnet

7. La situation que nous vivons aujourd’hui n’est-elle pas la démonstration que nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire ?

Au contraire, la situation de Tihange 2 et Doel 3 aujourd’hui démontre que la technologie nucléaire n’est pas sûre. Sa trop grand part dans la production d’électricité en Belgique et l’ambiguïté des partis traditionnels sur la prolongation du nucléaire ont découragé les investissements dans d’autres projets alternatifs au nucléaire. Pour les développer et ainsi garantir notre sécurité d’approvisionnement, il faut conserver un horizon de sortie progressive du nucléaire.

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(cc) Megalesius

8. Face à ces problèmes d’approvisionnement ne faut-il pas prolonger les centrales nucléaires existantes ou en créer de nouvelles ?

Si un type de voiture tombe deux fois en panne, la plupart des propriétaires y réfléchiront à deux fois avant de racheter un véhicule de la même marque. Le même raisonnement peut être fait avec le nucléaire. En matière de sûreté et de sécurité d’approvisionnement, il n’est pas sage et prudent de lier notre avenir énergétique à une énergie aussi peu fiable.
Les centrales nucléaires ne pourront par ailleurs être prolongées éternellement. Elles ont été conçues pour durer 30 ans, autorisées à être prolongées 10 ans de plus et personne n’a l’expérience de centrales dont on prolongerait encore davantage artificiellement la vie de 10 ou 20 ans. Prolonger les centrales aggrave par ailleurs la question des déchets nucléaires.

Quant aux nouvelles centrales nucléaires, aucun des projets existants aujourd’hui dans le monde n’a encore abouti suite notamment à une explosion des coûts liés aux nouvelles technologies nucléaires.

Sachons-le, le nucléaire est passé en dix ans de 17% en 2001 à 12% en 2011 de l’électricité produite mondialement. Enfin, si nous décidons aujourd’hui de construire une nouvelle centrale nucléaire, celle-ci ne commencerait à produire de l’électricité au mieux que dans 10 ans et l’électricité produite par le renouvelable aujourd’hui coûte moins cher que l’électricité qui serait produite par cette hypothétique nouvelle centrale.

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(cc) 2bgr8

9. Quelle est l’utilité du renouvelable si cette énergie ne peut pas nous mettre à l’abri d’une pénurie d’approvisionnement énergétique ?

Des investissements dans le renouvelable ont pu être consenti ces dernières années grâce à l’action des écologistes dans les gouvernements régionaux. La production d’électricité grâce aux éoliennes et aux panneaux photovoltaïques limitera considérablement les risques en matière d’approvisionnement électrique cet hiver. Mais, vu l’intermittence du vent et du soleil, ces technologies doivent toujours être doublées par des centrales disponibles pour la pointe, comme les centrales au gaz.
Notons que c’est aussi le cas des centrales nucléaires. Ces dernières ne sont pas flexibles comme la demande l’est. Il faut donc de toute façon les compléter par des centrales thermiques (gaz, charbon) ou hydrauliques qui assurent grâce à leur flexibilité l’équilibre du réseau.

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10. Pourquoi n’importe-t-on pas plus d’électricité ?

La Belgique dispose d’une capacité d’importation de 3500 MW, de France et des Pays-Bas. Hélas, en hiver, la France – fortement équipée en chauffage électrique – consomme l’essentiel de sa production et importe fréquemment de l’électricité d’Allemagne et …de Belgique. Il est donc à craindre que nous ne pourrons importer de France.
Le développement des interconnexions entre réseau est en cours, une nouvelle ligne sera mise en service vers l’Allemagne en 2019 et vers le Royaume-Uni en 2018.

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(cc) Nasa

11. La Belgique est-elle le seul pays concerné ?

Non, le Royaume-Uni est lui aussi menacé. Par contre, l’Allemagne, pays très avancé en matière de transition énergétique, est à l’abri.

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(cc) kuebi

12. Les problèmes aux réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 peuvent-ils poser des problèmes de sécurité vis-à-vis de la population ?

Tant que les réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, il n’y a aucun problème en matière de sécurité. Mais la cuve est un élément central en matière de sûreté nucléaire. On ne peut donc prendre aucun risque sachant notamment que les milliers de microfissures telles que découvertes sont une première mondiale.

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(cc) FEMA

13. Pourquoi a-t-on redémarré les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 avant de les fermer à nouveau ?

Une série de tests ont été réalisés par les autorités de contrôle belges avant leur redémarrage après feu vert de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN), lui-même validé par le Gouvernement fédéral, en mai 2013. Pour Ecolo, ces tests étaient insuffisants car les matériaux utilisés lors de la fabrication des cuves de Tihange 2 et Doel 3 ainsi que les pressions auxquelles ils sont soumis sont spécifiques. La marge d’erreur des tests réalisés est donc inacceptable à nos yeux.

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(cc) Cjp24

14. Et si les centrales en panne ne redémarrent plus jamais, on fait comment ?

Pour mettre fin à notre dépendance au nucléaire, la Belgique doit se doter d’un nouveau pacte énergétique entre l’Etat fédéral et les Régions intégrant le développement des unités de production alternatives au nucléaire, notamment renouvelables et alimentées au gaz, une stratégie d’efficacité énergétique et un plus grand rôle confié au distributeur d’énergie (Elia) en matière de production.

Par ailleurs, une politique européenne de gestion de l’électricité en période de grande consommation (pour la mise en commun de capacités pour la pointe), et de développement du renouvelable avec des interconnexions fortes des réseaux est urgente. Il faut créer une Communauté Européenne des Energies Renouvelables. Cette « CECA.2.vert » de l’énergie devra aussi inclure une autorité européenne de contrôle de la sûreté nucléaire afin de ne plus revivre la valse hésitation des redémarrages des centrales microfissurées.

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(cc) mpd01605

15. Se passer de l’énergie nucléaire, est-ce vraiment possible ?

Oui, il est possible de se défaire progressivement de notre dépendance à l’énergie nucléaire. C’est un choix qu’il faut prendre et préparer car cela met du temps d’installer des sources de production d’électricité alternatives (renouvelables, gaz). C’est par exemple un choix que l’Allemagne a fait. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas le charbon qui a remplacé le nucléaire dans le mixte électrique de sa consommation intérieure puisque cette source d’énergie a perdu en importance depuis la fermeture en 2003 de la première centrale nucléaire allemande. La sortie du nucléaire doit être planifiée sur plusieurs années et combinée avec le développement massif des énergies propres ainsi qu’un programme de diminution du gaspillage de l’électricité. C’est la responsabilité du Gouvernement fédéral d’être à l’initiative de ce plan.

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(cc)Serge Ottaviani


Mis à jour le 11 septembre 2014
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Olivier Deleuze

Ancien député et Co-président d'ECOLO, bourgmestre de Watermael-Boitsfort
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