Migrations

Osons le défi des migrations !

"Le temps est aux frontières" jubile, à juste titre, Marine Le Pen. En matière de politique migratoire, l’obsession du repli, de plus en plus partagée à gauche comme à droite, est une victoire éclatante des réactionnaires et nationalistes en tout genre. Nul débat n’a fait l’objet d’autant de tensions, de préjugés, de fantasmes et de mensonges… La désertion morale, intellectuelle et politique des progressistes en cette matière a laissé le champ libre aux récits politiques et médiatiques présentant systématiquement les migrants comme une menace, manipulant ainsi une opinion publique inquiète, suscitant craintes et dérives xénophobes. Résultat : toute alternative à cette politique migratoire fondée sur la fermeture et la déshumanisation se voit systématiquement discréditée.

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Par Zakia Khattabi, Patrick Dupriez
Publié le 16 octobre 2016

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Niveau 3

Le verrouillage du débat public sur le défi migratoire est tel que la seule option apparaissant crédible et réaliste est précisément celle se trouvant depuis des années en situation d’échec complet. En effet, la politique de fermeture, en plus d’être injuste, inhumaine et contraire au respect des droits humains, est totalement inefficace au regard même des objectifs qu’elle se donne. Elle ne parvient ni à réguler les flux migratoires ni à les diminuer. Elle renforce par contre l’immigration clandestine qu’elle dit combattre, elle enrichit les passeurs et accroît l’emprise des réseaux de traite des êtres humains. Pire que tout, elle fait de la Méditerranée un immense cimetière sans sépultures.

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Niveau 4

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Ecolo refuse de voir le débat confisqué, l’horizon politique bouché. Une autre voie, plus humaine, plus réaliste et plus durable est possible et nécessaire. De nouvelles propositions doivent être discutées afin de démontrer qu’il existe des solutions concrètes, plus pragmatiques, plus justes, plus sûres et plus efficaces. De nouvelles alliances doivent voir le jour rassemblant, par-delà les clivages traditionnels, celles et ceux qui sont prêts, malgré les vents contraires, à porter l’idée d’un autre projet politique en matière de migration, fondé sur l’ouverture, l’intelligence, l’efficacité et l’humanisme.

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L’échec de la fermeture des frontières

En l’absence de réactions politiques à la hauteur de l’enjeu, la situation aux frontières de l’Europe est intenable, intolérable : morts en Méditerranée en augmentation constante, construction de murs et clôtures, discours islamophobes et racistes assumés, confiscation des biens et autres lois liberticides, refoulements, utilisation de gaz lacrymogène ...

Présentée comme une option, la seule, réaliste et raisonnable, la fermeture des frontières est au contraire irréaliste, mortifère et génératrice de chaos. Fermer hermétiquement les frontières implique de contrôler continuellement chaque citoyen, chaque kilomètre de frontière, une illusion ! Les efforts consentis pour « endiguer » les migrations outre qu’ils sèment la mort sur les routes de l’exil , entraînent des coûts exorbitants, ne parviennent même pas, on le constate chaque jour, à atteindre l’objectif poursuivi.

L’idée répandue selon laquelle la fermeture des frontières pourrait limiter les flux migratoires témoigne d’une méconnaissance totale de la réalité des migrations. Contrairement à une conception qui s’est imposée progressivement, les frontières ne sont pas un instrument de régulation des migrations. L’impact de l’ouverture ou de la fermeture des frontières sur le nombre de migrants est tout à fait marginal. La fermeture des frontières n’empêche pas les migrations. Elle les rend plus précaires, plus coûteuses et surtout plus dangereuses. Quant aux politiques menées, elles influencent, elles, les conditions dans lesquelles se déroulent ces migrations.

Il est temps de considérer sereinement, loin des clichés l’option de l’ouverture des frontières. Elle doit cesser d’être considérée comme une utopie naïve dans les débats sur les migrations. Il est temps de mettre de l’ordre dans le chaos actuel, de mettre fin à la fuite en avant sécuritaire et au paradigme mortifère dans lequel l’Europe et ses États-membres se sont enferrés.

Cette option n’est pas uniquement une proposition humaniste pour plus de justice, c’est aussi et surtout une proposition rationnelle qui dessine un horizon pour un véritable projet politique européen en matière d’asile et de migration.

Pour une société ouverte et inclusive

Notre vision en matière d’asile et migration s’inscrit dans le projet d’une société ouverte, interculturelle, solidaire et respectueuse des droits humains. Elle s’oppose de front à l’idée d’un monde fragmenté, replié anxieusement sur les frontières nationales dont la vocation protectrice est illusoire. La fermeture des frontières est un mirage. Notre vision et nos propositions démontrent la possibilité et l’impératif d’une nouvelle approche des migrations, fondée sur l’ouverture, l’intelligence, l’efficacité et l’humanisme. Elles s’appuient sur les extraordinaires capacités d’engagement et de générosité de nos concitoyens. Partout en Europe, chez nous en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, des citoyens se mobilisent pour accueillir les migrants qui fuient la guerre, les persécutions et la misère, palliant aux manquements des pouvoirs publics en la matière. C’est forts de l’exemple et de l’énergie de ces initiatives citoyennes et associatives que nous voulons porter une vision différente, opposée en tous points à la vision distillée par l’extrême-droite depuis des années.

Depuis toujours, des centaines de millions de personnes ont quitté leur pays pour se donner les chances d’une vie meilleure. Des centaines de milliers d’immigrés ont contribué à la prospérité de notre pays. Ils ont enrichi notre culture et façonné le visage multiculturel de notre pays. Ce pluralisme culturel fait l’identité de notre pays. Il est une richesse et une opportunité. Il est surtout une réalité, qui représente des défis que nous devons regarder ensemble. Les nationalistes affirment que des personnes de cultures, de nationalités, de religions différentes ne peuvent pas vivre en harmonie. Ils voient dans la diversité un problème, une faiblesse, une source d’instabilité et d’insécurité. Nous affirmons précisément l’inverse. La diversité contribue à la résilience des sociétés, elle est moteur de créativité et d’innovation, elle favorise l’émergence de ce dont notre société, en proie aux crises, a le plus besoin : de nouvelles idées.

Plus encore que de moyens financiers, c’est de courage et de pédagogie et de patience dont nous avons besoin : le courage de dire le bilan calamiteux de la fermeture des frontières, la nécessité d’un changement de cap vers plus d’ouverture et la profonde injustice d’un principe de libre circulation qui vaudrait pour les capitaux, les biens et les services mais dont seraient privés certains êtres humains en détresse en raison de leur lieu de naissance ; la pédagogie nécessaire pour démonter les intox, faire tomber les préjugés, dissiper les peurs et créer les conditions d’une dynamique d’accueil mobilisatrice ; enfin, la patience d’œuvrer à des politiques ici et maintenant mais dont les résultats ne seront entiers qu’à moyen terme.

Une nouvelle approche des migrations : décriminaliser, ouvrir et inclure

Décriminaliser la migration

Nous plaidons pour une politique migratoire qui décriminalise les migrants. Différentes décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme et la Cour de justice de l’union européenne invitent à dépénaliser le séjour illégal. À moyen terme, nous souhaitons la fin des centres fermés. Créés dans les années 90, ces centres portent gravement atteinte à la liberté individuelle de personnes n’ayant pas commis de crime ou délit et ne représentant pas un risque pour l’ordre public.

Favoriser la libre circulation des migrants

La délivrance du visa ne doit être, à terme, conditionnée qu’à la vérification de la non-dangerosité pour l’ordre public et la sécurité nationale du demandeur. Cette approche éliminerait les effets de la politique actuelle : l’incitation à la clandestinité, la dissuasion au retour dans le pays d’origine, le renforcement des filières. En effet, aujourd’hui, ceux qui ont réussi à obtenir un visa d’accès à un pays européen y restent après l’expiration du visa par crainte de ne plus pouvoir revenir.

Une politique d’inclusion des nouveaux arrivants

Il est urgent d’assurer à toute personne résidant légalement en Belgique le droit de travailler sans avoir besoin d’un permis de travail. Il s’agit également d’améliorer rapidement les dispositifs de reconnaissance d’équivalences des diplômes étrangers, et d’organiser des examens d’aptitudes certifiants pour les personnes ne pouvant présenter leurs diplômes. Il s’agit encore de lever les obstacles injustifiés à l’intégration de personnes compétentes sur le marché du travail. L’intégration rapide des primo-arrivants sur le marché du travail permet de limiter la pression sur la Sécurité sociale et d’avoir un impact positif sur les finances publiques.

Nous plaidons pour un renforcement significatif, en Wallonie et à Bruxelles, des cours de français langue étrangère. L’apprentissage de la langue est fondamental pour trouver sa place dans la société, exprimer ses compétences et talents, et ainsi contribuer au bien commun. Les pouvoirs publics ont le devoir d’investir massivement dans l’organisation de ces cours pour permettre aux primo-arrivants de se lancer dans leur nouvelle vie.

Nous voulons soutenir les communes qui accueillent de nombreux réfugiés pour leur permettre de mettre en place des structures à taille humaine qui s’intègrent harmonieusement dans leur tissu social.

L’avenir de la politique migratoire se joue au niveau européen

C’est au niveau européen que se situent les leviers nécessaires pour arrêter le massacre et rendre aux migrants leur dignité et leur intégrité. C’est au niveau européen que peut se dessiner un projet politique différent, porteur de sens en matière de migration. Les expériences allemande et suédoise l’ont montré récemment : on ne peut attendre d’un pays qu’il ouvre seul ses portes si toutes les frontières alentour restent closes. Nous voulons en finir avec l’Europe forteresse qui s’enfonce dans le tout sécuritaire, obnubilée par le contrôle de ses frontières extérieures et reniant les promesses de la construction européenne. Le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne ne peut pas faire office de politique européenne en matière d’asile et d’immigration, comme c’est le cas aujourd’hui.

A court terme, la priorité de l’UE doit aller à l’octroi de visas humanitaires et la mise en place de voies d’accès sûres et légales permettant aux migrants de rejoindre l’Europe en toute sécurité et y voir leur dossier examiné, sans risquer leur vie dans un voyage périlleux et se mettre à la merci des passeurs. L’UE doit dénoncer l’accord entre l’UE et la Turquie, et tous les accords similaires, qui violent les principes fondateurs du droit d’asile, les droits fondamentaux des individus et ne sont pas soumis à un contrôle démocratique. L’agence Frontex doit être mieux contrôlée et la transparence sur ses mandats, ses actions et ses responsabilités doit être assurée.

A moyen terme, il faut réformer en profondeur le système Dublin II. Il faut organiser l’accueil des nouveaux arrivants dans le cadre d’une répartition structurelle et équilibrée entre États-membres, en leur fournissant une information objective sur les pays de destination et qui tiennent compte des préférences des migrants afin de faciliter leur intégration. Nous plaidons également pour l’unification des critères et procédures d’octroi d’asile à travers les États-membres afin de garantir une égalité de traitement des demandeurs. Enfin, nous appelons à la création d’une agence unique européenne chargée de centraliser le traitement de toutes les demandes d’asile.

Textes complets de la commission disponibles sur demande via info@ecolo.be

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Un dossier suivi par

Zakia Khattabi

Zakia Khattabi

Co-présidente d'ECOLO
Militante féministe et consultante diversité, je me passionne pour les questions de gouvernance et plus précisément sur l’évaluation des politiques publiques. J’ai toujours eu des engagements politiques. C’est ainsi que progressivement, et parce que je crois en l’écologie politique comme projet de société global et progressiste, j’ai naturellement rejoint les rangs d’Ecolo.
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Patrick Dupriez

Patrick Dupriez

Co-président d'ECOLO
Ingénieur agronome de formation, j’ai très jeune rejoint les rangs d’Ecolo.
En juin 2009, j’ai été élu député régional. Je me suis d’emblée passionné pour les questions liées à l’agriculture, la nature, les travaux publics, l’enfance, la santé et les relations internationales. En mars 2012 j’ai été désigné à la présidence du Parlement Wallon. Depuis mars 2015 je suis co-président d’Ecolo avec Zakia Khattabi.
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