Nucléaire

Prenez les commandes des centrales nucléaires belges !

(CC) Freepik

Fukushima nous a démontré de la manière la plus dramatique qu’il soit que le risque zéro n’existe pas en matière de sécurité nucléaire. Que penser dès lors de la situation chez nous, entre des centrales poreuses aux actes de vandalisme ou de terrorisme, des cuves fissurées et plus globalement un parc nucléaire qui fonctionne à la moitié de sa capacité du fait de problèmes techniques récurrents ? 6 ans après Fukushima, le gouvernement Electrabel n’a toujours pas pris la mesure de l’urgence de sortir du nucléaire et d’investir dans l’indépendance énergétique de notre pays.
Ecolo vous propose de prendre les commandes des centrales nucléaires belges le temps d’un quizz en 10 questions !

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Par Jean-Marc Nollet
Publié le 14 mars 2017

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QUIZZ NUCLEAIRE – ELEMENTS DE CONTEXTE

1. Votre centrale arrive à la fin de la durée de vie prévue par ses constructeurs. Que faites-vous ?*

Initialement, les centrales nucléaires étaient supposées avoir une durée de vie de 30 ans. Elles ont été amorties au niveau comptable en 20 ans, ce qui signifie que pendant deux décennies, les consommateurs ont financé ces centrales au coût exorbitant par le biais de tarifs de l’électricité parmi les plus élevés d’Europe. Au bout de 30 ans, une provision suffisante pour démanteler les réacteurs devait avoir été accumulée (20 ans de capitalisation plus 10 ans supplémentaires d’accumulation des intérêts). Les unités mises en service en 1975 sont donc arrivées dès 2005 au terme de leur exploitation prévue initialement. En réalité, aucune durée de vie maximale n’était mentionnée explicitement dans les autorisations officielles. Raison invoquée par Electrabel : l’absence – théorique - de limites techniques à la durée de vie d’un réacteur bien entretenu au vu de la possibilité – tout aussi théorique - d’en remplacer tous les éléments.

La majorité arc-en-ciel s’était accordée sur la fixation d’une durée de vie des réacteurs à 40 ans. Ce laps de temps devait laisser une marge de temps suffisante pour réduire la consommation d’énergie et augmenter la production d’énergies propres et renouvelables. Ce laps de temps est relativement long lorsque l’on sait qu’au niveau mondial, la durée de vie moyenne des réacteurs est d’un peu moins de 30 ans. Au niveau mondial, 145 réacteurs ont déjà été arrêtés et l’âge moyen de ceux-ci au moment de leur fermeture était de 24 ans. On ne dispose à l’heure actuelle que d’une expérience très réduite en matière d’exploitation de réacteurs commerciaux de grande puissance dont la durée de fonctionnement avoisine ou dépasse les quatre décennies.

Par ailleurs, tant pour Tihange que pour Doel, des investissements pourtant jugés nécessaires à leur prolongation ne seront effectifs que des années plus tard !

Personne ne peut dire qu’on pourrait faire tourner nos centrales pendant 50 ou 60 ans. Ce qui est sûr, c’est que le risque d’accident augmente fortement et que, quelle que soit leur durée de fonctionnement, les centrales nucléaires devront fermer tôt ou tard...

2. Joie ! On vous propose d’installer une nouvelle centrale. Où l’installez-vous ?*

En Belgique 2,3 millions de personnes habitent dans un périmètre de 30 km autour des centrales nucléaires et plus de 9 millions dans un périmètre de 75 km, soit le périmètre d’évacuation autour de Fukushima. En Belgique, les zones où une évacuation est planifiée ne dépassent pas un périmètre 10 km. L’évacuation de Liège, Anvers ou Namur, dans les 30 km, ne sont pas envisagées.

3. Les pilules d’iode, vous les distribuez …

En Belgique, malgré les recommandations du Conseil supérieur de la Santé, à l’heure actuelle, seuls les habitants des communes situées dans un rayon de 20 kilomètres autour des sites nucléaires peuvent se procurer des pilules d’iode gratuitement dans les pharmacies. Les autorités veulent toutefois étendre ce rayon à 100 kilomètres autour des sites nucléaires, mais la distribution ne serait pas préventive sauf pour certains « groupes cibles » mais sous forme de mise à disposition dans les pharmacies.

4. Vous devez nommer le Chef de la sécurité nucléaire. Vous préférez …

En Belgique, les chefs du régulateur du secteur nucléaire, censé être tout à fait indépendant, sont pour l’instant toujours issus du secteur lui-même. Les deux derniers directeurs ont été auparavant directeurs de centrale nucléaire. On peut douter de leur impartialité sachant que le directeur actuel avait estimé avant Fukushima que les risques d’accident avec une éolienne étaient plus grands qu’avec le nucléaire…

5. Un matin, vos ingénieurs vous alertent : il y a des milliers de fissures dans la cuve de votre centrale. Que faites-vous ?*

En août 2012, une inspection prévue depuis de nombreuses années suite à la découverte de faits similaires en France, des microfissures ont été détectées dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Toutes les expertises menées depuis 3 ans n’ont finalement jamais permis de lever tous les doutes sur leurs origines et les tests qui ont été menés sur des pièces du même type n’ont jamais été concluants ni n’ont pu rien expliqué de l’origine des défauts. Malgré l’ensemble de ces doutes et l’abaissement des marges de sécurité pour poursuivre l’exploitation des centrales, l’autorisation de redémarrer a été donnée.

6. Il y a 2 ans et demi, quelqu’un a tenté de saboter votre centrale.

Une enquête est évidemment diligentée. En mars 2017, aucune conclusion n’a encore pu être tirée. Une série de personnes ont été suspendues et le réacteur a redémarré dès que la turbine a été réparée. Mais on ne sait toujours rien des motivations du sabotage ni des risques potentiels d’autres actes de sabotage.

7. Pour vos plus vieilles centrales, les normes sismiques c’est …

Les centrales de Doel 1 et 2 ont été construites sans prendre correctement en considération le risque sismique. Lors de son audition au Parlement, le gendarme nucléaire, l’AFCN a expliqué que pendant les "stress tests post-Fukushima" l’exploitant avait démontré que les centrales pouvaient s’arrêter en toute sécurité dans une situation de tremblement de terre avec accélération au sol allant jusqu’à 0,17g. Cette norme est considérée par l’AFCN comme "suffisante" car elle correspond à l’accélération rencontrée lors des séismes les plus puissants sur notre territoire (Magnitude de 6,5 sur l’échelle de Richter).

Pire, de nouvelles normes, fixées en 2014, ne seront pas d’application chez nous avant un moment. Elles ne le seront qu’en 2017. Et selon des documents issus de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), il apparaît que les travaux nécessaires au renforcement des centrales ne seront achevés "au plus tard" qu’en 2025... Soit l’année prévue pour la fermeture de nos centrales. 
Ces révélations ont mis en évidence que les réacteurs de Doel 1 et Doel 2 ne respectaient pas les nouvelles normes sismiques européennes définies en 2014 post-Fukushima par l’association des régulateurs européens (WENRA) - dont l’Agence fédérale de contrôle nucléaire fait partie. Elles ne le seront qu’en 2017 après publication de l’arrêté royal qui les intègre en droit belge.

Mais malgré tout, l’AFCN a donné son feu vert pour une prolongation de 10 ans des deux réacteurs. Avec des travaux de mise à jour, imposés à Electrabel l’exploitant, qui ne prévoyaient à l’origine pas de renforcement du site en cas de séisme. Selon les nouvelles normes, une centrale doit pouvoir faire face à une accélération de 0,1 g en cas de séisme. Or, Doel 1 et 2 sont aujourd’hui dimensionnées pour reprendre des efforts horizontaux de seulement 0,058 g. Les travaux nécessaires pour que la centrale respecte le norme de 2014 seront achevés en … 2025, année prévue de fermeture de ces réacteurs.

8. Vos centrales ne sont pas résistantes à la chute d’un avion, que faites-vous ?

Depuis le 11 septembre 2001, des équipements de défense aérienne ont été installés autour de nombreuses installations nucléaires aux États-Unis, ainsi que près de l’usine de retraitement de déchets radioactifs de la Hague, en France. Suite à ces attentats, l’AFCN a remis le 17 mai 2002 un rapport au ministre de l’Intérieur. Conclusions : les bâtiments des réacteurs des centrales les plus vieilles (Doel 1 et 2, et Tihange 1) peuvent supporter la chute d’un petit avion de tourisme (type Cessna), mais pas d’un grand avion de ligne. Le crash d’un grand avion de ligne sur la centrale de Tihange, située à proximité de l’aéroport de Bierset, entraînerait des conséquences inouïes.

Chaque centrale nucléaire dispose d’une « piscine », dans laquelle les combustibles irradiés doivent refroidir durant plusieurs dizaines années. Ces piscines sont particulièrement vulnérables en cas d’attaque. Les déchets hautement radioactifs y sont en effet présents sans conditionnement de protection, qui plus est dans une installation de stockage qui n’a pas été conçue pour résister à la chute d’un avion de ligne.

9. En cas d’accident, qui paye la note ?

Aujourd’hui encore, aucun assureur n’ose couvrir la totalité des risques liés à une centrale nucléaire. En effet, contrairement aux autres secteurs d’activité économique, l’ampleur des dommages qui seraient occasionnés par un accident nucléaire grave est telle qu’aucune compagnie d’assurances ne veut les couvrir, surtout dans un pays où la population est très dense, comme c’est le cas de la Belgique. Les clauses des contrats d’assurance-maladie et autres stipulent d’ailleurs que les problèmes causés par (ou découlant de) une réaction nucléaire ne sont pas couverts.

La catastrophe de Fukushima a relancé le débat sur l’assurance « risques » à charge des opérateurs nucléaires. L’évaluation des dommages subis au Japon sont, à ce stade, estimés à près de 100 milliards d’euros. Si un accident nucléaire se produisait sous nos latitudes, il est possible qu’il provoque des dégâts extrêmement coûteux également. Or en cas de dépassement du plafond de la couverture imposée aux opérateurs, ce serait aux pouvoirs publics de subir l’impact financier de l’accident.

Si l’industrie nucléaire assumait elle-même l’entière responsabilité financière des catastrophes nucléaires potentielles, le coût de l’assurance serait énorme et le prix de l’énergie nucléaire serait beaucoup plus élevé. Selon une estimation de l’Öko-Institut, une assurance contre les conséquences d’un accident majeur dans une zone fortement peuplée multiplierait les primes d’assurances par un facteur de près de trois mille et aurait pour conséquence de tripler le coût du kWh nucléaire.

10. Qu’allez vous faire des tonnes de déchets radioactifs générés par vos centrales ?

En dépit de décennies de recherches, il n’existe à l’heure actuelle toujours aucune solution à la problématique des déchets nucléaires et aucun site d’entreposage de déchets hautement radioactifs n’est en fonction dans le monde.

Les déchets hautement radioactifs restent dangereux pendant des dizaines de milliers d’années. Même après mille ans, une tonne de déchets hautement radioactifs contient encore assez de radioactivité pour contaminer 100 km³ d’eau (plus que le volume du lac Léman) ! Après 1.000 ans, un dé à coudre de déchets nucléaires hautement radioactifs reste assez puissant pour rendre non potable 1 milliard de litres d’eau, ce qui représente la consommation annuelle de 25 000 belges.

Après plus de trente ans de recherche, il n’est toujours pas certain que ce soit techniquement envisageable, en raison des fortes chaleurs dégagées par les déchets, qui sont peu supportées par l’argile. Personne ne peut garantir que les containers dans lesquels seront stockés les déchets tiendront des milliers d’années dans les couches d’argile. Ces containers ne constituent qu’une première barrière. Les couches d’argile en forment une seconde. Ces couches d’argile devraient contenir les infiltrations radioactives jusqu’à ce que la radioactivité soit totalement atténuée, durant des centaines de milliers d’années donc.

A propos de Mol, le professeur Patrick Jacobs (géologue à l’Université de Gand) a souligné que « le site de Mol ne se trouve pas tellement loin de la région du Nord-est de la Belgique où des activités tectoniques légères sont régulièrement observées (...). Les dernières cartes géologiques démontrent que de petites fissures pourraient être provoquées par cette activité tectonique dans l’argile de Boom. Imaginons que d’ici deux cent mille ans le niveau de la mer baisse (…). Lorsque la mer baisse, les rivières s’enclavent et les couches de sable s’érodent. La pression sur l’argile diminue, ce qui provoque des affaissements et même des fissures. L’argile elle-même peut être entamée, mettant à découvert le lieu de stockage. Et ce ne sont que deux scénarios possibles. Si l’on me demandait mon avis à ce sujet, je dirais que je n’ose même pas y penser. »

Le risque existe donc bel et bien que le dépôt final des déchets nucléaires dans la formation géologique soit atteint et endommagé. Le stockage de ces déchets ne donnerait donc aucune garantie de sécurité en matière de protection contre les rayonnements pour le futur et réclamerait des moyens importants de gestion durant des siècles, voire des millénaires. Penser que nous pourrons stocker les déchets nucléaires de manière sûre durant 240.000 années est donc particulièrement naïf. Qui assumera la responsabilité d’un problème que nous imposerons aux 6.800 prochaines générations ? Comment installer un système d’alerte qui soit fiable aussi longtemps ? Qui assumera les coûts engendrés par la sécurité des sites de stockage ?

Des problèmes importants se posent déjà en ce qui concerne des déchets actuellement stockés sur le site de Belgoprocess, à Dessel. Début 2003, des fûts présentant des défauts (corrosion, mauvaise fermeture, écoulement de la matrice de bitume, etc.) ont été découverts. Sur un total de 36.999 fûts de déchets faiblement radioactifs inspectés par l’ONDRAF depuis lors, 1.571 sont non conformes1. En outre, 15.769 fûts de déchets moyennement radioactifs sont stockés à Dessel. Il s’agit de l’ « héritage » de l’usine d’enrichissement Eurochemic, qui a mis la clé sous le paillasson en 1974. 100 fûts entreposés dans quatre bunkers de Belgoprocess sont en train de fuir et doivent être « reconditionnés ».

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Un dossier suivi par

Jean-Marc Nollet

Jean-Marc Nollet

Député fédéral
Nous sommes arrivés au carrefour de toutes les crises : financière, énergétique, sociale et environnementale. Notre réponse : relancer l’emploi en redéployant notre économie vers le développement durable.
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