Economie

Quantitative Easing 2.vert : Comment la politique monétaire peut financer la transition écologique ?

(CC) Photo Flickr Philippe Put
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Par Patrick Dupriez
Publié le 7 décembre 2015

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La Banque Centrale Européenne injecte des dizaines de milliards d’euros par mois dans l’économie européenne mais à quelle fin et avec quelle efficacité ? Pour les écologistes, ce programme doit servir la transition écologique de notre économie et aider notre société à répondre au défi climatique.

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Considérant l’impossibilité pour les gouvernements coincés par leurs engagements budgétaires et l’attentisme coupable de la Commission, la Banque Centrale Européenne a été contrainte de s’asseoir dans le siège du pilote pour éviter le crash de l’économie européenne. D’abord, en ramenant à zéro ses taux d’intérêt, puis en prenant des mesures exceptionnelles dont un programme étendu d’achats d’actifs – aussi appelé « quantitative easing » (QE). L’objectif : injecter 60 milliards d’euros de liquidités par mois entre janvier 2015 et septembre 2016 en faisant l’acquisition de titres sur les marchés financiers. L’opération devrait donner suffisamment d’oxygène aux entreprises et pouvoirs publics pour investir et relancer l’activité et l’emploi.

Ce programme de « quantitative easing » est quantitativement ambitieux mais comporte des erreurs fondamentales de conception. Erreurs qui auraient pu être évitées si on avait tiré les leçons de programmes similaires menés aux Etats-Unis et en Angleterre où on a constaté que les grandes entreprises avaient détourné les liquidités de l’économie réelle au seul profit de leurs actionnaires.

Au vu des résultats économiques décevants du QE, le Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale Européenne a décidé ce jeudi de le prolonger de six mois, jusque mars 2017, voire davantage encore.

Appel à la BNB pour cibler l’assouplissement monétaire

Les écologistes sont persuadés que, malgré les lacunes constatées, le QE peut servir l’économie réelle et, comme l’ont suggéré divers économistes1, financer la transformation de l’économie pour la mettre en phase avec les limites de la Planète. Or, le financement de la transition économique est un des enjeux majeurs des discussions menées à Paris à l’occasion de la COP21. Les changements climatiques pèsent sur les performances économiques des pays, comme l’indique aujourd’hui le Fonds Monétaire International et constituent un potentiel risque financier systémique.

Nous pensons qu’un changement de cap est souhaitable dans la mise en œuvre du QE. Les banques centrales nationales sont en effet amenées à acheter elles-mêmes directement pour 44 milliards d’euros d’actifs par mois. La Banque Nationale de Belgique (BNB) participera à l’effort pour 1,5 milliards d’euros par mois2, soit quelque 24 milliards jusque mars 2017. Dans sa grande sagesse, la BNB pourrait décider de cibler des titres émis en contrepartie d’investissements bas carbone. Une manière de soutenir concrètement et significativement l’économie du futur en orientant les investissement vers la transition écologique.

Un accord de coopération entre entités fédérées et fédéral pourrait fixer tous les trois ans le prix de la tonne de carbone sur base du rapport fédéral sur le développement durable. Cette valeur sociale du carbone (VSC) refléterait la valeur des émissions évitées par les investissements soutenus via le QE.

Lorsqu’une entreprise ou une entité publique (les communes représentent 40 % des investissements publics) contracterait un emprunt pour se doter de technologies, processus ou équipements bas carbone, toute réduction de CO2 donnerait lieu à une création d’actifs carbone. Il appartiendrait à un organisme indépendant de certifier que l’investissement en question a bel et bien donné lieu à une réduction de CO2. Il octroierait alors à l’entreprise des « certificats carbone » en fonction des réductions.

L’initiative de 2010 de la FEB, d’Agoria et de Febelfin visant à promouvoir les investissements verts serait ainsi « ressuscitée » afin de surmonter la réticence des banques à soutenir ces projets parce que leur méthode d’évaluation des risques et des opportunités s’applique mal à ceux-ci. Pourquoi cette initiative qui avait échoué serait-elle aujourd’hui couronnée de succès ? D’abord par l’exemple du nombre croissant de banques privées qui se sont engagées ces dernières années aux quatre coins du monde dans la voie du financement de la transition. Leur audace se reflète positivement dans l’évolution de leurs comptes de résultats. Ensuite, parce que les milliards d’euros injectés par la BNB dans le cadre du QE seraient utilisés pour garantir ces projets. De la sorte, le risque auquel les banques seraient exposées serait limité. Enfin, comme les Régions garantiraient les actifs carbone en vertu de l’accord de coopération précité, le risque pesant sur la BNB elle-même serait infime.

Nous invitons aujourd’hui les membres du Comité de direction et du Conseil de régence de la Banque Nationale à prendre connaissance des détails du plan proposé par Ecolo et, le cas échéant, à l’améliorer dans un esprit de collaboration de sorte que sa mise en œuvre bénéficie réellement aux générations présente et futures.

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Pour un verdissement du Quantitative Easing pour financer la transition écologique
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Un dossier suivi par

Patrick Dupriez

Patrick Dupriez

Co-président d'ECOLO
Ingénieur agronome de formation, j’ai très jeune rejoint les rangs d’Ecolo.
En juin 2009, j’ai été élu député régional. Je me suis d’emblée passionné pour les questions liées à l’agriculture, la nature, les travaux publics, l’enfance, la santé et les relations internationales. En mars 2012 j’ai été désigné à la présidence du Parlement Wallon. Depuis mars 2015 je suis co-président d’Ecolo avec Zakia Khattabi.
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